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Un nouveau « contrat social » pour un Canada en bonne santé mentale
23 mars 2021
Le Canada est confronté à une crise de santé mentale qui s’est aggravée depuis le début de la pandémie de COVID-19. Déclarée urgence de santé publique dans plusieurs régions du pays l’an dernier, la pandémie de COVID-19 a déclenché une lourde et imprévisible crise sanitaire et économique qui menace la santé mentale de la population canadienne, en particulier celle des personnes les plus vulnérables.
Depuis que la pandémie a frappé, 40 % des Canadiennes et Canadiens font état[1] d’un déclin de leur santé mentale, et certains groupes vulnérables sont encore plus touchés. Près des deux-tiers des personnes qui ont déjà une maladie mentale (61 %) et des personnes qui sont sans emploi (61 %) rapportent que leur santé mentale s’est détériorée. Les jeunes (60 %) et les personnes autochtones (54 %) évoquent également un déclin de leur santé mentale, et 10 % des Canadiennes et Canadiens déclarent avoir récemment eu des pensées suicidaires – une hausse de 2,5 % depuis 2016.
La question est vaste et complexe. Voilà pourquoi l’ACSM, en collaboration avec The Wellesley Institute, Les enfants d’abord, le Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH), Centraide, le YMCA et Jeunesse, j’écoute, réclament un nouveau type de solution : un contrat social pour un Canada en bonne santé mentale.
Un contrat social est une entente, mise en œuvre par le biais de politiques sociales progressistes, selon laquelle nous avons la
responsabilité de prendre soin les uns des autres. Nos gouvernements sont les principales institutions par lesquelles cette responsabilité est assumée.[2]
Un regard en arrière sur l’histoire canadienne nous montre que le concept de contrat social a joué un rôle important dans l’histoire de notre pays, et que ce sont les temps de crise qui ont catalysé les changements politiques progressistes. Après la Grande Dépression, période marquée par des taux de chômage et d’itinérance élevés, une vague de réformes de politiques sociales a déferlé sur le Canada. On a ainsi assisté à la création de l’assurance-emploi, des logements sociaux et, plus tard, de l’assurance-maladie, quelques-uns des programmes et des services qui constituent aujourd’hui notre filet de sécurité sociale.
Nous proposons une collaboration intersectorielle en vue d’élaborer un plan national de dix ans pour le renouvellement de la santé mentale ainsi que des plans provinciaux, territoriaux et municipaux harmonisés aux autres stratégies sociales et en matière de santé.
Toutefois, lorsque le régime d’assurance-maladie a été mis sur pied, les soins de santé mentale dispensés dans les milieux communautaires n’ont pas été inclus dans notre système d’assurance-santé publique. Par conséquent, les personnes ayant des besoins en matière de maladie mentale et de santé mentale doivent payer de leur poche, se tournant vers leur régime d’assurance-maladie privé ou renonçant complètement aux soins de santé mentale. Avec la COVID-19, le confinement et les pertes d’emploi ont entraîné la fermeture d’entreprises, des taux de chômage élevés et une insécurité alimentaire. La pandémie a révélé les lacunes qui existaient déjà dans notre filet de sécurité sociale. En même temps, elle offre aussi l’occasion d’écrire une nouvelle page de l’histoire canadienne en réformant à nouveau les politiques sociales et de santé. La population pourrait ainsi obtenir l’accès à un réseau de programmes et de services de santé mentale, y compris à des mesures de soutien communautaires abordables et accessibles.
En nous appuyant sur l’histoire des politiques sociales progressistes au Canada, nous estimons qu’il nous faut un nouveau contrat social pour un Canada en bonne santé mentale. Nous devons nous concentrer sur le mieux-être mental, la résilience et les problèmes de santé mentale. Nous devons tirer parti des initiatives existantes et y ajouter une approche de santé publique pangouvernementale axée sur la promotion de la santé afin de soutenir la santé mentale, prévenir la maladie mentale et favoriser le rétablissement. Nous devons reconnaître que les déterminants sociaux de la santé, comme la pauvreté, l’appartenance ethnique et l’inclusion sociale, doivent être pris en compte pour assurer un avenir équitable et résilient en matière de santé mentale au Canada.
Que pourrions-nous accomplir grâce à un contrat social pour un Canada en bonne santé mentale?
- Notre plan de dix ans pour le renouvellement de la santé mentale comprendra : un système de santé mentale dont le financement permettra de répondre aux besoins de toutes les personnes, où qu’elles vivent au Canada;
- l’application de la Norme nationale sur la santé et la sécurité psychologiques en milieu de travail, émise par la Commission de la santé mentale du Canada;
- une approche globale de santé publique pour l’élaboration des politiques relatives à l’utilisation de substances;
- la priorisation de la sécurité et du bien-être des enfants – sur les plans physique, mental et émotionnel – par tous les paliers de gouvernement afin de minimiser les expériences négatives dans les premières années de la vie et renforcer la résilience;
- l’élimination de l’itinérance et de la pauvreté chroniques.
D’ici 2030, au Canada, nous serons en mesure de :
-
- réduire de 50 pour cent le taux de détresse émotionnelle déclaré avant la pandémie;
réduire de 50 pour cent l’exposition infantile aux expériences négatives susceptibles de nuire à la santé mentale;
- réduire de 50 pour cent le taux de suicide au pays.
Comment y parviendrons-nous?
- En suscitant la participation conjointe du gouvernement, des groupes de la société civile et des entreprises dans la planification.
- En mettant l’accent sur la maladie mentale et la santé mentale.
- En adoptant une approche axée sur l’équité à l’égard de la santé mentale et du bien-être mental et en incorporant la collecte de données ventilées.
- En faisant appel aux personnes ayant une expérience vécue dans tous les aspects de la planification et de la prestation des services.
- En faisant valoir la résilience dans toutes les parties de notre société, en particulier pour les groupes qui ont le plus besoin de notre aide.
Pour en savoir plus sur ce contrat social, rendez-vous sur le http://www.wellesleyinstitute.com/sm2030/.
Le rôle de l’Association canadienne pour la santé mentale
L’ACSM demande au gouvernement fédéral d’élaborer et de mettre en œuvre un plan de rétablissement à long terme de la santé mentale dans contexte de la COVID-19 pour garantir à toute la population canadienne – et plus particulièrement aux personnes les plus vulnérables – un accès aux soins dont ils ont besoin. Investir dans les soins de santé mentale et dans les mesures de soutien social qui favorisent le mieux-être des Canadiennes et Canadiens, surtout celui des plus vulnérables, est une étape indispensable pour éviter de connaître une pandémie subséquente de problèmes de santé mentale qui persiste bien après la fin de la pandémie de la COVID-19. Pour atténuer une pandémie subséquente, il faudra avoir accès à tout le continuum des programmes, des services et des mesures de soutien de santé mentale, y compris à un suivi adéquat et à des ressources et services complémentaires, ainsi qu’à des services multilingues qui tiennent compte des genres et sont adaptés aux réalités culturelles.
Si le financement gouvernemental est suffisant et que l’on met sur pied un réseau de soutien adéquat dans toutes les collectivités du pays, nous pouvons répondre aux besoins criants de la population en matière de soins, l’aider à se rétablir, améliorer ses perspectives et, en définitive, sauver des vies.
[1] https://cmha.ca/fr/news/le-desespoir-et-les-pensees-suicidaires-samplifient-a-mesure-que-progresse-la-pandemie
[2] McCabe, C., Boadway, R., Lange, F., Gold, E.R., Cotton, C., Adamowicz, W., Breznitz, D., Elgie, S., Forget, E., Jones, E., de Marcellis-Warin, N., Peacock, S., Tedds, L. Renouvellement du contrat social : relance économique au Canada après la COVID-19. Société royale du Canada. 2020