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Assez forte pour se reposer : Pourquoi le repos est-il un problème de santé mentale pour les femmes?

On vante souvent les mérites des femmes pour ce qu’elles peuvent gérer.
De jongler avec le travail et la prestation de soins. De maintenir la famille ensemble. D’être résilientes, adaptables et fiables, même lorsque les systèmes ne le sont pas.
Ce que les femmes sont rarement encouragées à faire, c’est de s’arrêter.
En cette Journée internationale des femmes, l’Association canadienne pour la santé mentale (ACSM) redéfinit le repos : il ne s’agit pas de quelque chose que les femmes doivent mériter, mais plutôt quelque chose à laquelle nous avons tous et toutes le droit, un élément essentiel de la santé mentale.
Découvrez les sept types de repos et trouvez celui qui vous interpelle le plus en ce moment.
RÉPONDRE AU QUESTIONNAIRELa santé mentale des femmes est mise à rude épreuve, et ce n’est pas parce qu’elles ne s’adaptent pas à la situation
Au Canada, les femmes vivent des niveaux de détresse psychologique plus élevés que les hommes et sont plus susceptibles de présenter des symptômes d’anxiété, de dépression et d’épuisement professionnel. Les jeunes femmes, en particulier, présentent des niveaux de détresse qui sont parmi les plus élevés à l’échelle nationale. Les femmes sont également plus susceptibles de demander du soutien en santé mentale, et de faire face à de longs délais d’attente et à des besoins non satisfaits.
Ce n’est pas parce que les femmes sont moins résilientes. C’est parce que les femmes ont une charge plus élevée.
Plus de travail rémunéré. Plus de prestations de soins non rémunérées. Une plus grande charge émotionnelle. Une plus grande responsabilité dans le maintien de l’unité familiale, professionnelle et communautaire.

Au Canada, les femmes prodiguent beaucoup plus de soins non rémunérés et effectuent bien plus de travaux ménagers que les hommes, même si elles travaillent à temps plein.
Statistique Canada estime que les femmes effectuent environ 6,3 heures de plus par semaine de travail non rémunéré et que le travail ménager non rémunéré représentait de 516,9 à 860, 2 milliards de dollars en 2019, soit de 25,2 à 37,2 % du PIB du Canada, ce qui excède la contribution de toutes les industries manufacturières, du commerce de gros et du commerce de détail réunies.i
Les femmes sont plus susceptibles d’être les proches aidantes principales des enfants, des parents âgés et des membres de la famille ayant des besoins en matière de santé.
Les responsabilités d’une personne aidante sont fortement associées à un niveau élevé de stress, à l’anxiété et à l’épuisement professionnel.
Au Canada, les femmes continuent d’assumer une part disproportionnée des tâches ménagères et des prestations de soins non rémunérées, même si elles travaillent à temps plein. Au fil du temps, cette pression et cette responsabilité constantes ont des répercussions sur la santé mentale.
Ce n’est pas parce que les femmes ont échoué à prendre soin d’elles.
C’est ce qui arrive lorsqu’on demande à des personnes fortes de porter une charge trop lourde pendant trop longtemps. C’est parce que les femmes en portent plus sur leurs épaules : plus de travail rémunéré, plus de prestations de soins non rémunérées, une charge émotionnelle plus élevée et plus de responsabilités dans le maintien de l’unité familiale, professionnelle et communautaire. Elles le font au sein de systèmes qui n’ont pas été conçus pour les soutenir et qui, souvent, fonctionnent à leur désavantage.
En réalité, on manque de ressources pour soutenir la santé mentale des femmes, bien avant que le besoin de soutien ne se fasse sentir. Parce qu’on investit trop peu et depuis trop longtemps dans le bien-être des femmes, il devient difficile de comprendre l’ampleur du problème. Lorsque la santé mentale des femmes n’est pas suffisamment étudiée ni priorisée, des lacunes apparaissent en aval : dans les politiques que nous élaborons, les programmes d’intervention que nous concevons et les mesures de soutien destinées à répondre aux besoins des femmes.
Ce manque d’investissement systémique renforce le cycle dans lequel les femmes sont censées faire face à la situation, au lieu d’être correctement soutenues.
Le repos ne se limite pas au sommeil; d’ailleurs, la plupart des femmes n’en ont pas suffisamment
Lorsqu’on parle de repos, on pense souvent au sommeil ou aux congés. Ces deux éléments comptent, mais ils ne suffisent pas à répondre à l’épuisement que vivent de nombreuses femmes.
La santé mentale dépend de multiples formes de repos, notamment le repos mental, émotionnel, social, sensoriel, créatif et spirituel. Ces types de repos permettent au système nerveux de s’apaiser, à l’esprit de se calmer et à la capacité émotionnelle de se renouveler.
Beaucoup de femmes donnent l’impression de très bien fonctionner, même si elles sont exténuées :
- Elles anticipent l’avenir, planifient et résolvent les problèmes.
- Elles gèrent les émotions des autres en laissant peu de place aux leurs.
- Elles demeurent productives tout en se sentant déconnectées de la joie, de la créativité ou de la facilité.
Le sommeil seul ne peut restaurer ce que la vigilance constante et les responsabilités épuisent.
Le repos, dans son sens le plus large, est l’une des mesures de soutien les plus efficaces de la santé mentale, et la plus négligée.
Le repos n’est pas un signe de faiblesse. C’est une question de santé mentale.
Le repos n’est pas un luxe.
Ce n’est pas une récompense.
Et ce n’est pas un signe qu’il y a un problème.
Le repos est une condition essentielle à une bonne santé mentale.
Traiter les autres et soi-même avec soins et attention n’est pas un luxe, mais une nécessité absolue si on veut s’épanouir. Le repos n’est pas un élément de second plan, mais une partie fondamentale de l’être humain.
― Tricia Hersey, Rest Is Resistance: A Manifesto
Lorsque les femmes peuvent se reposer, vraiment se reposer, elles ressentent moins d’anxiété, sont de meilleure humeur, ont une plus grande résilience émotionnelle et ont un sentiment plus fort de connexion avec elles-mêmes et avec les autres. Le repos favorise le rétablissement et la prévention. Il permet aux gens de se sentir à nouveau humains.
Trop souvent, on incite les femmes à se rendre jusqu’à l’épuisement pour prouver leur force. En cette Journée internationale des femmes, nous remettons en question cette idée.
Les femmes sont suffisamment fortes pour se reposer.
Et assez fortes pour dire quand elles manquent de repos.
Les femmes n’ont pas toutes le même accès au repos
Il est également important de révéler une vérité plus dure : l’accès au repos n’est pas le même pour toutes les femmes.
Le revenu, la sécurité d’emploi, les responsabilités de personne aidante, le handicap, la race, le statut d’Autochtone ou d’immigrant et l’accès aux soins de santé mentale déterminent qui peut se reposer et qui ne le peut pas. Ces réalités intersectionnelles décident si le repos est possible ou hors de portée.
Pour de nombreuses femmes, « se reposer, tout simplement » n’est pas réaliste lorsqu’elles doivent composer avec :
- une prestation de soins non rémunérée ou insuffisamment reconnue;
- une pression financière ou un travail précaire;
- de longs délais d’attente pour obtenir des services de santé mentale;
- un soutien communautaire ou social limité.
Lorsque les systèmes ne soutiennent pas les femmes, le repos devient un privilège plutôt qu’un droit.
Il ne s’agit pas d’une responsabilité individuelle.
C’est une question structurelle.
Le rôle de l’ACSM : créer les conditions qui rendent le repos possible
À l’ACSM, nous savons que la santé mentale ne se résume pas à des stratégies d’adaptation individuelles. Il s’agit des conditions dans lesquelles les gens vivent.
Notre travail se concentre sur le renforcement du tissu social et des mesures de soutien communautaires qui rendent le repos possible, en particulier pour les femmes qui font face à des obstacles systémiques. Voici quelques exemples :
- Plaider pour des soins de santé mentale communautaires et accessibles.
- Investir dans la prévention et le soutien précoce, et pas seulement dans la réponse aux crises.
- Renforcer les liens communautaires pour réduire l’isolement et la charge émotionnelle.
- Promouvoir les politiques qui reconnaissent que la santé mentale, l’équité et la prestation de soins sont profondément liées.
Lorsque les communautés sont mieux soutenues, les femmes n’ont pas à porter seules tout le fardeau.
Et lorsque les femmes ont le soutien nécessaire pour se reposer, récupérer et se reconnecter, tout le monde en profite.
L’accès au repos n’est pas
le même pour toutes les femmes.
Le revenu, les responsabilités de personne aidante, la sécurité d’emploi, le handicap, la race, le statut d’Autochtone ou d’immigrant et l’accès aux soins de santé mentale déterminent qui peut se reposer et qui ne le peut pas. Ces réalités intersectionnelles décident si le repos est possible ou hors de portée.
Pour de nombreuses femmes, « se reposer, tout simplement » n’est pas réaliste lorsqu’elles doivent composer avec :
- une prestation de soins non rémunérée ou insuffisamment reconnue;
- le racisme systémique;
- une pression financière ou un travail précaire;
- de la violence familiale;
- de longs délais d’attente pour obtenir des services de santé mentale;
- un soutien communautaire ou social limité.
Lorsque les systèmes ne soutiennent pas les femmes, le repos devient un privilège plutôt qu’un droit. Il ne s’agit pas d’un échec ou d’une responsabilité individuelle. C’est une question structurelle.
Journée internationale des femmes
En cette Journée internationale des femmes, nous rendons hommage à la force des femmes et nous élargissons notre vision de la force.
La force, c’est assurer sa présence. La force, c’est s’occuper des autres. Et la force, c’est savoir quand se reposer.
Assez forte pour se reposer a pour but de rendre visible la santé mentale des femmes, de nommer ce qui manque et de travailler ensemble pour mettre en place des systèmes, des milieux de travail et des communautés qui rendent le repos possible.
Parce que le repos n’est pas un signe de faiblesse.
Il s’agit de la santé mentale.
Et c’est quelque chose à laquelle chaque femme a droit.
Les sept types de repos
Le repos ne se limite pas au sommeil
Lorsqu’on parle de repos, on pense souvent au sommeil ou aux congés. Mais la santé mentale dépend de plusieurs types de repos, et la plupart des femmes ne profitent pas d’au moins un de ces types.
Voici un guide rapide.
Repos physique
Laisser le corps récupérer
Dormir, ralentir et permettre au corps de se reposer au lieu de le pousser jusqu’à l’épuisement.

Repos mental
Accorder une pause à son esprit
Soulager son esprit d’une réflexion constante, de la planification, de la prise de décision et du fait de tout garder dans sa tête.

Repos émotionnel
Un endroit où être honnête
Être capable d’exprimer ce que l’on ressent vraiment, sans avoir à gérer les émotions des autres ou à être « la personne forte ».

Repos social
Des relations qui ne vous épuisent pas
Passer du temps avec des personnes familières, auprès de qui on se sent bien et en qui on a confiance, sans la pression d’avoir à jouer un rôle.

Repos sensoriel
Soulagement de la stimulation
Réduire le bruit, le temps d’écran, les notifications et la surcharge sensorielle afin de permettre à votre système nerveux de s’apaiser.

Repos créatif
Renouer avec la joie et la curiosité
Retrouver la beauté, le jeu ou l’inspiration sans la pression d’avoir à produire ou à accomplir quelque chose.

Repos spirituel
Sentiment d’ancrage ou d’appartenance
Se sentir en phase avec ses valeurs, la nature, la foi, la communauté ou quelque chose de plus grand que soi.

Vous n’avez pas besoin des sept en même temps.
Le fait de savoir de quel type de repos vous avez le plus besoin est souvent la première étape pour vous sentir mieux.
Assez forte pour se reposer.
Assez forte pour se reposer
― est rendue possible grâce à l’appui de Laura Canada, dont le partenariat permet de faire avancer les conversations importantes sur la santé mentale des femmes, le repos et les conditions qui permettent aux femmes de s’épanouir.
En soutenant cette initiative en cette Journée internationale des femmes, Laura Canada affirme son engagement à aider les femmes à paraître et à se sentir à leur meilleur et met en lumière les réalités auxquelles elles font face, tout en rappelant le rôle que jouent les communautés, les milieux de travail et les systèmes dans le partage de la charge.
Nous remercions nos partenaires qui comprennent que le soutien à la santé mentale des femmes ne se résume pas à la sensibilisation, mais qu’il faut faire bouger les choses.


Sources et lectures supplémentaires
https://www.apa.org/topics/mental-health/seven-rest-types (en anglais)
https://thenapministry.wordpress.com/ (en anglais)
https://greatergood.berkeley.edu/article/item/why_taking_breaks_is_essential_for_well_being (en anglais)
https://cmha.ca/wp-content/uploads/2024/11/EdSM-egalite-des-genres-factsheet.pdf
https://cmha.ca/wp-content/uploads/2024/11/ACSM-Etat-de-la-sante-mentale-2024-rapport.pdf
https://www.statcan.gc.ca/o1/fr/plus/3149-les-femmes-et-le-produit-interieur-brut-au-canada-une-contribution-la-hausse; https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/13-605-x/2022001/article/00001-fra.htm
