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Semaine de sensibilisation aux troubles de l’alimentation : quand les soins sont trop éloignés
28 janvier 2026
Les troubles de l’alimentation sont des troubles de santé mentale graves, mais qui peuvent être traités. En tout temps au Canada, plus de 1,7 million de personnes font face à un trouble de l’alimentation1. Cela touche environ 1,4 million de jeunes au Canada, pourtant, seulement 25 % reçoivent un traitement adéquat2.
Des lacunes à l’échelle nationale dans l’accès aux soins
Bien qu’il s’agisse de maladies répandues et graves, les troubles de l’alimentation ne sont pas suffisamment traités. La recherche montre des lacunes évidentes dans l’accès aux soins spécialisés, en particulier en dehors des centres urbains.
En Ontario, l’une des provinces les plus peuplées du Canada, des études ont révélé que les régions où les services sont moins accessibles, notamment les zones rurales, enregistrent des taux plus élevés de troubles alimentaires3. La distance a son importance : les longs trajets et les services de soutien restreints localement peuvent rendre l’accès aux soins de santé mentale difficile, voire impossible, ce qui entraîne des retards de traitement et de moins bons résultats45. Cela peut être particulièrement difficile dans les zones rurales, où les services sont moins accessibles6.
Pour de nombreuses personnes au Canada, les soins ne sont tout simplement pas assez proches ni accessibles pour être envisageables.
L’expérience de Kristin
Les lacunes d’accès au soin n’étaient que trop réelles pour Kristin, résidente de Cartwright et membre de la communauté du Nunatukavut sur la côte sud du Labrador.
Lorsque j’ai finalement décidé que j’avais besoin d’aide, je suis allée dans la petite clinique communautaire de ma région… On m’a immédiatement fait passer un examen complet, ainsi qu’une ostéodensitométrie, puis on m’a dirigée vers notre programme provincial de rétablissement des troubles de l’alimentation. Tout s’est passé très vite, c’était extraordinaire; je me suis sentie vue et prise au sérieux.
Mais ce soutien initial n’a pas permis de surmonter les réalités géographiques.
J’ai toujours vécu dans une petite communauté isolée au bout d’un long chemin de terre… J’ai pu entrer en contact avec une conseillère en dépendance par téléphone, mais elle était nouvelle et sa formation portait surtout sur l’usage de substances, sans expérience réelle en matière de troubles alimentaires.
Kristin a été admise dans le programme provincial pour les troubles de l’alimentation, mais celui-ci se situe à 1 400 kilomètres de chez elle.
J’aurais dû parcourir 400 kilomètres pour me rendre à l’aéroport le plus proche, puis faire le reste du trajet en avion. J’ai trois enfants et un travail. Je ne pouvais pas m’absenter pendant 8 à 12 semaines.
Même si le programme était gratuit, les coûts cachés le rendaient inaccessible.
Il aurait fallu que je paye l’aller-retour en avion, la location d’un logement en ville, l’hypothèque à la maison, tout en renonçant à mes revenus. Ma famille aurait fait faillite avant que je ne rentre à la maison.
C’est très difficile d’en parler, mais c’est une réalité pour de nombreuses personnes. L’aide dont j’avais besoin était trop éloignée et je n’avais pas les moyens d’y accéder. L’accès aux soins spécialisés est l’un des plus grands problèmes pour les personnes vivant dans les communautés autochtones.
Pourquoi ces obstacles sont-ils importants?
Les troubles de l’alimentation affichent un des taux de mortalité les plus élevés de tous les troubles de santé mentale, et l’accès précoce à des soins appropriés est essentiel pour le rétablissement. Pourtant, les longs temps d’attente, la formation limitée des prestataires et le manque de services continuent d’affecter de manière disproportionnée les personnes vivant en dehors des grandes villes.
Pour les peuples autochtones, en particulier ceux qui vivent dans des communautés éloignées ou accessibles seulement par avion, la pénurie actuelle de personnel du secteur de la santé signifie que les cliniques font souvent appel à des prestataires temporaires qui manquent parfois de formation spécialisée. Tout cela oblige les personnes à parcourir de longues distances pour obtenir des soins ou à s’en passer complètement.
Que faut-il changer?
La sensibilisation ne suffit pas. Un véritable changement exige une action concrète. Pour Kristin, cette action c’est :
- L’équité en matière d’accès : Les soins doivent être accessibles aux petites communautés isolées et aux groupes qui ont toujours été laissés pour compte.
- Le soutien communautaire : Les Premières Nations, les Inuits et les Métis doivent avoir accès à un continuum de services qui sont adaptés à la culture et qui tiennent compte des traumatismes, au sein de leurs communautés ou à proximité.
- La formation à l’interne : Des investissements sont nécessaires pour soutenir le développement d’une main-d’œuvre autochtone et la prestation de soins adaptés à la culture.
- Des investissements qui soutiennent l’équité en santé à long terme : Tous les éléments ci-dessus nécessiteront des investissements durables et prévisibles dans des organisations et des programmes locaux dirigés par des personnes autochtones, afin de renforcer leur capacité à fournir des soins.
Chaque année, du 1er au 7 février, se déroule la Semaine de sensibilisation aux troubles de l’alimentation (en anglais seulement) qui vise à sensibiliser le public aux troubles de l’alimentation, tout en luttant contre la stigmatisation et les obstacles à l’accès aux soins.
Si vous ou une personne que vous connaissez êtes aux prises avec un trouble de l’alimentation, veuillez communiquer avec votre ACSM locale ou avec la National Initiative for Eating Disorders (NIED) (en anglais seulement) pour obtenir de l’aide.
Kristin est membre autochtone du NunatuKavut Community Council. Elle vit à Cartwright, au Labrador, avec son mari, ses trois enfants et ses trois huskies. Elle est au service de sa petite communauté en tant que répondante médicale d’urgence depuis 12 ans. Elle a à cœur la lutte contre les troubles de l’alimentation et est fière d’être membre de l’ancien Conseil national des personnes ayant une expérience vécue de l’Association canadienne pour la santé mentale.
Sources
[1] Galmiche M, Déchelotte P, Lambert G, Tavolacci MP. (2019). « Prevalence of eating disorders over the 2000–2018 period : a systematic literature review. » The American Journal of Clinical Nutrition. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31051507/. (en anglais)
[2] Gouvernement du Canada, Instituts de recherche en santé du Canada. (2025). « Des données étoffées et une intervention précoce pour aider plus de 1,4 million de jeunes aux prises avec un trouble alimentaire. » https://cihr-irsc.gc.ca/f/54456.html.
[3] Pang, Nelson, et coll. (2024). « Mapping Eating Disorders in Adolescents and Young Adults : An Investigation of Geographic Distribution and Access to Care in Ontario, Canada. » Journal of Eating Disorders, U.S. National Library of Medicine, pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11385241/. (en anglais)
[4] H L, Holley. (1998). « Geography and Mental Health : A Review. » Social Psychiatry and Psychiatric Epidemiology, U.S. National Library of Medicine, pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/9803821/. (en anglais)
[5] Kelly C, Hulme C, Farragher T, Clarke G. (2016). « Are Differences in Travel Time or Distance to Healthcare for Adults in Global North Countries Associated with an Impact on Health Outcomes? A systematic review. » BMJ Open, U.S. National Library of Medicine, pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/27884848/. (en anglais)
[6] Sibley L M, Weiner, J P. (2011). « An Evaluation of Access to Health Care Services along the Rural-Urban Continuum in Canada. » BMC Health Services Research, U.S. National Library of Medicine, pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/21281470/. (en anglais)
