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Les mots peuvent réellement causer du tort
12 juin 2025
Vous avez déjà entendu les gens s’exprimer ainsi, et ce, de très nombreuses fois. Peut-être même que vous aussi, avez déjà eu recours à ce mode d’expression. Des formulations comme « c’est juste une folle » ou « j’agis comme un cinglé aujourd’hui », par exemple. Pensez à tous les mots que nous employons au quotidien et qui sont moqueurs ou dévalorisants envers les personnes ayant un trouble de santé mentale ou de l’utilisation de substances. Nous entendons ce genre de langage dans les médias traditionnels et sociaux. Dans les conversations courantes. Et même à la Chambre des communes.
Lorsque nous insultons quelqu’un (y compris nous-mêmes) en employant des mots qui rabaissent ou ridiculisent les personnes vivant avec un trouble de santé mentale ou de l’utilisation de substances, est-ce simplement du langage familier et inoffensif? En fait, nous risquons de causer un tort bien réel. Même sans le vouloir.
Voici comment.
Employer un langage désobligeant peut :
- donner à une personne le sentiment d’être est abîmée ou défectueuse, alors qu’en réalité, elle a un trouble de santé mentale ou de l’utilisation de substances.
- humilier cette personne.
- la conduire à la haine de soi.
- lui faire croire qu’elle ne mérite pas de recevoir des soins de santé mentale.
- l’inciter à cacher ce qu’elle vit par peur de subir de la discrimination.
- encourager la discrimination à l’encontre des personnes aux prises avec des troubles de santé mentale.
- provoquer un sentiment d’isolement chez les gens.
- les empêcher de chercher de l’aide.
Tout cela fait partie du phénomène de la stigmatisation. Dans ce cas-ci, la stigmatisation consiste à avoir des idées et des jugements négatifs à propos de quelqu’un qui vit avec un trouble de santé mentale ou de l’utilisation de substances. Une personne peut également « intérioriser » la stigmatisation, en adoptant elle-même les jugements négatifs portés sur elle. La stigmatisation est un phénomène particulièrement préoccupant, car il peut conduire à la discrimination. Trouver un logement et un emploi peut ainsi devenir plus difficile et, très souvent, le simple fait de vivre avec un trouble de santé mentale peut nuire aux relations familiales et amoureuses, de même qu’à la qualité des soins de santé reçus. Toutes ces conséquences découlent de préjugés entourant les troubles de santé mentale ou de l’utilisation de substances.
La présente déclaration constitue un appel à réfléchir aux mots que nous prononçons et à opter pour un langage qui ne renforce pas la discrimination ni n’amène les gens à se sentir jugés ou, pire encore, comme des sous-humains.
Bien sûr, causer du tort aux autres est rarement intentionnel
La langue est en constante évolution; parfois, certains mots perdent leur attrait, ou se chargent d’une nouvelle signification. Par conséquent, il nous arrive d’utiliser un mot sans nous rendre compte qu’il risque d’offenser ou de dévaloriser quelqu’un. Cela peut sembler anodin, mais les mots que nous utilisons peuvent être blessants et il vaut la peine de se questionner à leur sujet. Cependant, il peut s’agir de s’interroger sur des mots qui se sont répandus dans notre langage quotidien depuis bien longtemps.
Une personne sur cinq fait l’expérience d’un trouble de santé mentale au cours d’une année donnée. En fait, saviez-vous qu’à l’âge de 40 ans, la moitié d’entre nous aura déjà eu un trouble de santé mentale? Tout le monde peut constater des fluctuations dans l’état de sa santé mentale. Notre société a fait beaucoup de progrès pour le comprendre. Toutefois, notre langage conserve des traces du passé, et le fait d’employer des mots dévalorisants peut renforcer de vieilles croyances sur les troubles de santé mentale.
Il est particulièrement important que les personnes en position d’autorité, comme celles qui composent la classe politique, ou qui sont journalistes ou juges, portent une grande attention au langage qu’elles emploient pour parler des troubles de santé mentale ou de l’utilisation de substances. Leurs paroles ont un poids supplémentaire. Lorsque ces personnes n’y prêtent pas attention, elles envoient le message fort suivant : utiliser des mots qui blessent et rabaisser les gens est acceptable.
Lorsque nous utilisons un langage sensible et précis, nous reconnaissons que « ces personnes » ayant un trouble de santé mentale ont en fait des qualités variées et distinctes; que « ces personnes », peuvent être vous, moi, nos proches, ou nos collègues.
Si nous sommes en mesure d’éviter de les dénigrer et de les stéréotyper – et c’est le cas – pourquoi continuer à le faire?
Alors, posez-vous la question : le mot que vous avez tendance à employer est-il déshumanisant? Réduit-il une personne à un trouble, ou la désigne-t-il d’une manière cruelle ou dépréciative? Pour ne pas causer de tort, vous pourriez choisir un autre mot.
Nous avons créé un guide facile à utiliser pour parler des troubles de santé mentale ou de l’utilisation de substances avec tact. Veuillez noter que nous utilisons des exemples de langage stigmatisant dans ce guide et que nous proposons un vocabulaire de rechange qui est à la fois plus compatissant et plus précis.
Remarques sur les mots « fou » et « folle »
Les mots « fou » et « folle » sont très utilisés dans notre culture. Tendez l’oreille : nous les entendons (et nous les utilisons) tout le temps. Ils ont différentes significations et sont employés dans différents contextes, mais tout se résume à une même idée : avoir un trouble mental « n’est pas normal ».
Parfois, les termes « fou » et « folle » sont employés pour décrire et rabaisser les personnes vivant avec un trouble de santé mentale, comme dans : « Cette personne a un trouble bipolaire. Elle est folle. » Cela va au-delà de l’insulte; c’est tout simplement cruel.
Ces termes sont aussi employés comme fourre-tout pour discréditer une personne dont on désapprouve le comportement. Par exemple : « Cette personne agit bizarrement. Elle est folle. » Ce genre de formulations peut engendrer de l’humiliation, tant pour les gens qui ont un trouble de santé mentale que pour la personne jugée ou insultée.
Enfin, nous utilisons également les mots « fou » ou « folle » dans le langage courant pour désigner quelque chose d’étrange ou qui rompt avec ce qui est considéré comme « normal ». Par exemple, lorsque nous disons : « J’ai passé une fin de semaine de fou. » Nous pourrions facilement trouver un mot de substitution, comme « mouvementée ». Mais par défaut, nous avons souvent tendance à dire « fou » ou « folle ». Utiliser ces mots de cette manière peut sembler anodin, mais cela peut aggraver la stigmatisation des personnes aux prises avec un trouble de santé mentale.
Notre suggestion? Portez attention; la fréquence à laquelle vous les entendez les mots « fou » et « folle » pourrait vous surprendre… de même que la fréquence à laquelle vous les utilisez. Lorsque vous vous apercevez que vous êtes sur le point de les dire, choisissez une autre façon de vous exprimer pour éviter de causer du tort aux autres. Ensemble, nous pouvons contribuer à éliminer le langage stigmatisant, et à accroître les liens sociaux et l’appartenance.
Sources
Choosing appropriate language to reduce the stigma around mental illness and substance use disorders (nature.com) (en anglais seulement)
Le choix des mots est important (commissionsantementale.ca)
Public Health Language Guide (bccdc.ca) PDF (en anglais seulement)
What Does « Crazy » Really Mean? (psychologytoday.com) (en anglais seulement)
No, you shouldn’t call someone ‘crazy.’ But do we have to ban the word entirely? (self.com) (en anglais seulement)
Des mots blessants sur la violence et la maladie mentale (acsm.ca)
Reportage et santé mentale (en-tete.ca)
La stigmatisation : Pourquoi les mots comptent (canada.ca)
Obstacles à l’accessibilité pour les personnes ayant une incapacité âgées de 15 ans et plus selon le type d’incapacité, le groupe d’âge et le genre (statcan.gc.ca)
