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Comparution de l’ACSM devant le Comité permanent des finances (FINA) : consultations prébudgétaires 2022

5 min

La version prononcée fait foi

Merci, monsieur le président.

Bonjour, je m’appelle Margaret Eaton et je suis la cheffe de la direction nationale de l’Association canadienne pour la santé mentale, ou ACSM. 

L’ACSM est l’organisme communautaire du secteur de la santé mentale le plus vaste et le mieux établi au Canada. Fondée en 1918 en pleine pandémie de grippe espagnole, notre organisation est présente dans 330 communautés réparties dans toutes les provinces et au Yukon. Nous rejoignons par notre travail plus de 1,3 million de personnes chaque année et avons à notre emploi plus de 7 000 Canadiennes et Canadiens.

Les ACSM sont des organismes de bienfaisance indépendants qui fournissent gratuitement du soutien en santé mentale à toute personne en ayant besoin. Des services de soutien psychologique et de psychothérapie au traitement de la toxicomanie, en passant par les programmes pour les jeunes et l’aide au logement et à la recherche d’emploi, les ACSM œuvrent à la promotion de la santé mentale et à la prévention des maladies mentales, ce qui contribue à réduire les hospitalisations.

Comme nous le savons, les troubles de santé mentale et les maladies mentales atteignent des niveaux épidémiques au Canada. Chaque semaine, 500 000 personnes s’absentent du travail en raison d’un problème de santé mentale. Aujourd’hui, au Canada, 11 personnes décéderont par suicide. Une personne sur deux, soit la moitié des gens dans cette salle, aura ou a déjà eu une maladie mentale avant l’âge de 40 ans. Pourtant, nous consacrons seulement le quinzième du budget de la santé à la santé mentale. En plus d’entraîner des dizaines de milliards de dollars en pertes de productivité, cette situation force la population – quand elle en a les moyens – à dépenser plus d’un milliard de dollars par année en soutien psychologique et autres services de santé mentale.

Tout le monde sait que la pandémie a eu des effets dévastateurs sur la santé mentale de la population. De fait, 41 % des Canadiennes et Canadiens déclarent avoir vu leur santé mentale décliner depuis le début de la pandémie. Le secteur communautaire de la santé mentale a aussi été durement touché. Le téléphone ne dérougit pas depuis deux ans et les demandes d’aide se multiplient. Les filiales de l’ACSM ont dû rapidement revoir leurs façons de faire pour continuer à offrir des programmes essentiels et en assurer l’accessibilité. Des téléphones cellulaires et des ordinateurs portables ont même été fournis pour maintenir le lien avec la clientèle. Lorsque des personnes atteintes de maladie mentale grave ont perdu leur logement, nos filiales ont offert de l’hébergement d’urgence, certaines allant jusqu’à acheter des tentes en l’absence d’autres options. Nous sommes extrêmement fiers d’avoir pu continuer à offrir nos services, par exemple en Ontario, où nos 29 filiales ont maintenu 96 % de leurs services depuis le début de la pandémie.

Nos filiales peinent à satisfaire la demande croissante de soutien en santé mentale, et les besoins continuent d’augmenter.

Certes, d’importants investissements en santé mentale communautaire ont été réalisés depuis le début de la pandémie, mais c’est loin d’être suffisant. Notre pays a choisi de réparer à coup de diachylons un système de santé mentale brisé et terriblement sous-financé. 

Maintenant, laissez-moi vous parler de ce que nous pouvons faire.

Le gouvernement doit faire preuve de leadership à l’échelle fédérale pour que des progrès significatifs puissent être accomplis en santé mentale. L’ACSM est d’avis que le Canada a besoin d’un plan de rétablissement de la pandémie visant à investir directement dans la santé mentale communautaire. Car nous ne devons plus nous contenter de traiter dans leur milieu les personnes atteintes de maladie mentale; nous devons prévenir les crises de santé mentale avant qu’elles surviennent.

En plus de ce plan de rétablissement, nous croyons que le budget de 2022 doit s’attaquer à trois objectifs prioritaires :

Le premier est d’investir de manière urgente en santé mentale communautaire. Plus précisément, nous demandons un investissement direct de 57 millions de dollars dans les programmes et services de base de l’ACSM. Cela nous permettrait, par exemple, de joindre 10 000 intervenantes et intervenants de première ligne de plus, et ainsi d’aider des personnes particulièrement susceptibles de souffrir d’anxiété, de TSPT, de dépression et de suicide. Nos centres d’apprentissage du bien-être pourraient en outre favoriser la santé mentale de 10 000 personnes supplémentaires.

Le deuxième objectif est de résoudre la crise du logement, qui touche les personnes atteintes de maladie mentale de manière disproportionnée. Nous demandons un investissement direct dans l’ajout de 50 000 logements avec services de soutien et de 300 000 logements sociaux, coopératifs et sans but lucratif très abordables afin que les personnes aux prises avec une maladie mentale et des troubles liés à l’usage de substances aient un endroit sécuritaire où se rétablir.

Notre troisième objectif prioritaire est d’augmenter de manière substantielle le financement des services de santé mentale dirigés par des Autochtones, et notamment de doubler le budget de l’Initiative sur les ressources humaines en santé autochtone. Les ressources et le pouvoir décisionnel doivent être placés entre les mains des organismes autochtones de santé mentale et nous sommes prêts à appuyer leur leadership.

Dans une perspective budgétaire, ces recommandations sont pertinentes financièrement. Offrir du soutien en santé mentale permet aux gens de maintenir des liens au sein de leur collectivité, d’économiser l’argent des contribuables et d’alléger le fardeau qui pèse sur un système de santé déjà bien mal en point.

Nous avons une formidable occasion de réparer le système canadien de santé mentale. Assurons-nous de ne pas la rater.

Merci.